Insertion sociale et professionnelle

L'insertion sociale et professionnelle sert à désigner le processus donnant la possibilité de l'intégration d'une personne au sein du dispositif socio-économique par l'appropriation des normes et règles de ce dispositif.



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Formation des adultes - Outil de gestion des ressources humaines - Gestion des ressources humaines - Concept sociologique

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L'insertion sociale et professionnelle sert à désigner le processus donnant la possibilité de l'intégration d'une personne au sein du dispositif socio-économique par l'appropriation des normes et règles de ce dispositif.

Définition

L'insertion couvre la totalité des rapports de la personne avec son environnement social. Être inséré veut dire avoir une place, être assuré de positions sociales différenciées et reconnues (statut, rôles, etc. ).

Le concept d'insertion est indissociable du concept de socialisation car pour être inséré, l'homme doit intérioriser un ensemble de valeurs, de normes, de règles communes. Il existe la socialisation primaire (au sein du cercle familial) et la socialisation secondaire (au sein de l'espace scolaire, professionnel et au fil des divers échanges avec autrui). Ces processus de socialisation autorisent l'individu de trouver sa place dans la société, d'être inséré socialement.

Selon l'IDRIS[1], l'insertion sociale est l'«action visant à faire évoluer un individu isolé ou marginal vers une situation caractérisée par des échanges satisfaisants avec son environnement. C'est aussi le résultat de cette action, qui s'évalue par la nature et la densité des échanges entre un individu et son environnement.»

Jean-Yves Barreyre[2] donne l'origine étymologique du mot «insérer» du latin in-sere, qui veut dire «introduire dans». Marc Loriol[3], pour sa part, cite Durkheim pour définir le concept d'insertion «un groupe ou une société sont intégrés lorsque leurs membres se sentent liés les uns aux autres par des croyances, des valeurs, des objectifs communs, le sentiment de participer à un même ensemble sans cesse renforcé par des interactions régulières». L'insertion sociale revêt par conséquent plusieurs dimensions, que ce soit au niveau professionnel, du logement, culturel ou encore de la santé.

L'apparition des politiques d'insertion

Années 1970-80 : La montée du chômage en France et ses spécificités

Depuis le milieu des années 1970, les pouvoirs publics français prennent conscience d'une rupture importante avec la dynamique économique antérieure de plein-emploi. On assiste ainsi progressivement à une montée spectaculaire du chômage de masse, et , corrélativement, à des formes spécifiques de chômage qui touchent spécifiquement la France : Le chômage des jeunes et le chômage de longue durée[4]. Ainsi, pour le chômage de masse, l'INSEE enregistre 3, 7 % de chômeurs en 1975, plus de 6 % en 1980 et 10, 5 % (plus de 2 500 000 chômeurs) en 1987. Mais ces données globales sont à compléter par des données plus spécifiques qui sont , depuis cette époque, toujours plus préoccupantes : Le chômage des jeunes, qui atteint en particulier les moins qualifiés, devient une caractéristique importante de la composition du chômage global : En 1986, un jeune à la recherche d'un emploi sur quatre est au chômage, soit un taux trois fois plus élevé que celui des actifs de plus de 25 ans. Le chômage de longue durée n'a jamais cessé de progresser durant les années 1980, en particulier chez les travailleurs non qualifiés, en nombre et en proportion de la totalité des chômeurs : l'ANPE enregistre 10 % de chômeurs de plus d'un an en 1974, plus de 23 % en 1980, et 32 % (800.0000 chômeurs) en 1987. Phénomène plus inquiétant, le chômage de longue durée semblait insensible aux variations de la conjoncture : La reprise économique notable dans la seconde moitié des années 1980 n'a eu que particulièrement peu d'impact en termes de baisse du chômage de longue durée. Ce dernier apparaît alors comme un phénomène structurel, nommé à s'installer dans la durée en l'absence de politique appropriée d'intégration professionnelle de ces populations.

Le rapport de Bertrand Schwartz

Face à cette dégradation de la situation de l'emploi, surtout celle des jeunes, les pouvoirs publics lancent trois pactes annuels successifs pour l'emploi (à partir de juillet 1977), pour compléter le niveau de formation des jeunes sortis du dispositif scolaire sans formation ou qualification reconnues.

Mais c'est avec la parution du rapport sur «l'insertion professionnelle et sociale des jeunes» dirigé par Bertrand Schwartz[5], qu'une politique d'insertion de plus grande envergure a été mise en place par le gouvernement de gauche en 1981. Suivant les préconisations du «rapport Schwartz», cette politique, centrée au début sur les jeunes en difficulté, intègre, d'une part, des mesures qui relèvent des Politiques de l'emploi (formation qualifiante, puis, ultérieurement, contrats d'insertion professionnelle en entreprise, etc. ), et , d'autre part, des mesures d'action sociale au sens le plus large (allant du suivi social jusqu'aux domaines du logement ou de la culture). D'autre part, l'animation du système d'insertion des jeunes se réalise à l'échelle décentralisée sous l'impulsion des missions locales «jeunes» - qui regroupent en leur sein les différents partenaires publics, privés ou associatifs et syndicaux concernés par ce problème - avec une co-responsabilité de l'État et des collectivités locales.

Robert Castel caractérise ainsi le sens du changement introduit par les politiques d'insertion comparé aux politiques antérieures d'intégration : «Il marque le passage de politiques menées au nom de l'intégration à des politiques conduites au nom de l'insertion. Par politiques d'intégration, j'entends celles qui sont animées par la recherche de grands équilibres, l'homogénéisation de la société à partir du centre. Elles procèdent par directives générales dans un cadre national (…) J'interpréterai ici les politiques d'insertion à partir de leurs différences, et même, en forçant légèrement le trait, de leur opposition comparé aux politiques d'intégration. Elles obéissent à une logique de discrimination positive : elles ciblent des populations spécifiques et des zones singulières de l'espace social, et déploient à leur intention des stratégies spécifiques (…) Les politiques d'insertion peuvent être comprises comme un ensemble d'entreprises de mise à niveau pour rattraper cette distance comparé à une intégration accomplie (un cadre de vie décent, une scolarité normale, un emploi stable, etc. ) [6]».

L'orientation des politiques

Les trois pôles de mesures d'insertion professionnelle et sociale

Suivant les recommandations du rapport Schwartz, l'objectif d'intégration dans l'emploi sera au cœur des mesures et des systèmes d'insertion qui vont se succéder à partir de 1982, pour les jeunes peu qualifiés en premier lieu, puis pour les chômeurs adultes, dans le cadre de la loi de 1988 sur le Revenu minimum d'insertion surtout. Mais l'ambitieux programme de stages pour l'insertion des jeunes, lancé en 1982, mettait aussi l'accent sur le développement de compétences sociales (savoir être), comme complément indispensable à l'acquisition de compétences professionnelles.

Aux côtés des stages de formation, deux autres types de mesures d'insertion à destination des jeunes vont apparaître au début des années 1980 :

Au total, pour l'année 1986 par exemple, plus d'un million de jeunes ont bénéficié d'une mesure d'insertion professionnelle tandis que le flux de sortie scolaire est de 800.000 environ[7].

Les politiques d'insertion, à destination des jeunes puis des adultes non intégrés qui se sont succédé durant près de trente ans en développant une panoplie de systèmes et de mesures d'appellations diverses, se sont cependant articulées autour des orientations définies au début des années 1980. C'est pourquoi Simon Wuhl propose, pour favoriser l'analyse et l'évaluation de ces politiques, de les regrouper en trois pôles de mesures d'insertion : Le pôle éducatif, le pôle parapublic et le pôle économique[8] :

De nombreuses évaluations - celles de Didier Gélot et Bernard Simonin surtout -, concernant l'impact de ces types de mesures vis-à-vis de l'intégration professionnelle des jeunes les moins qualifiés, convergent pour souligner les meilleurs résultats produits par les mesures du pôle économique, les contrats d'insertion en entreprises complétés par des actions de formation et de suivi social[9].


Du revenu minimum d'insertion (RMI) au revenu de solidarité active (RSA)

La loi sur le Revenu minimum d'insertion, a été votée en décembre 1988, lors d'une période de reprise de l'économie et de l'emploi : Le faible impact de cette embellie sur la résorption du chômage de longue durée imposait en effet une réaction plus globale pour faire face à des situations structurelles d'exclusion sociale d'une partie des chômeurs.

Cette loi introduit deux innovations majeures vis-à-vis des adultes chômeurs ou précaires à particulièrement faibles ressources :

Après trois années d'application de cette loi, la Commission Nationale d'Évaluation du RMI, soulignait, d'une part, des avancées notables en termes de protection sociale et de suivi social de catégories de populations jusque là inconnues des services sociaux ; mais pointait, d'autre part, les problèmes rencontrés sur le plan de l'insertion professionnelle des ayants droit : «Les enquêtes mettent en évidence la difficulté de l'articulation entre le volet insertion du RMI et les milieux économiques, alors même qu'une partie des entreprises manifeste une relative ouverture face à l'embauche de bénéficiaires du RMI[10]».

La loi de 2009 sur le Revenu de solidarité active (RSA), impulsée par Martin Hirsch, est née d'un constat : les conditions de la pauvreté, liées principalement à la privation d'emploi à l'époque de l'instauration du RMI, se sont énormément modifiées avec l'augmentcation du travail précaire et/ou à temps partiel. Ainsi en 2008, selon Martin Hirsch : «Plus de 7 millions de Français vivent sous le seuil de pauvreté, dont deux millions d'enfants et quatre millions d'adultes d'âge actif. Parmi eux, la moitié est pauvre parce qu'exclue du monde du travail, l'autre moitié reste pauvre quoique œuvrant [11]».

En conséquence, le changement principal introduit par le RSA comparé au RMI consiste, d'une part, à l'attribution d'une allocation complémentaire sous conditions de ressources à des travailleurs en emploi, mais à faibles revenus ; d'autre part, pour les allocataires éligibles au RSA et sans emploi au départ, l'accès à un emploi faiblement rémunéré entraîne le maintien d'une partie de l'allocation (en fonction d'un plafond de ressource correspondant au total (salaire+allocation), et par conséquent un progrès du revenu global.

Sur le plan des politiques d'insertion, les changements concernent principalement, au-delà du RSA, la réorganisation du service public de l'emploi par la fusion en 2008 entre l'ANPE et L'UNEDIC au sein du Pôle emploi, ce qui est supposé faciliter le suivi individualisé des chômeurs et des précaires jeunes ou adultes.

Des initiatives innovantes

En marge des politiques d'insertion, les pouvoirs publics ont soutenu des démarches innovantes, plus expérimentales, comme l'opération «Nouvelles qualifications» et la démarche «d'insertion par l'offre et la demande (IOD)».

Cette expérience a comporté deux phases. La première, entre 1984 et 1989, s'est centrée sur les jeunes peu qualifiés. Elle a concerné plusieurs centaines de jeunes accueillis dans plus de 300 entreprises. La seconde phase, de 1989 à 1992, a procédé à une généralisation des acquis de la phase antérieure – sur les méthodes d'insertion qualifiante et de réorganisation du travail au sein de l'entreprise – en direction de la requalification des salariés en activité.

Trente ans de politiques d'insertion

Il faut en premier lieu noter que, sous une forme ou sous une autre, les politiques d'insertion professionnelle et sociale des jeunes et des adultes ont été relancées par l'ensemble des gouvernements successifs depuis le début des années 1980.

Sur le plan de l'insertion sociale, certains chercheurs soulignent l'importance du rôle des instances de l'insertion dans le soutien aux chômeurs, leur évitant une rupture complète avec le monde social. Ainsi, Stéphane Beaud et Michel Pialoux, insistent-ils sur «l'aide tangible que les professionnels de l'insertion apportent aux jeunes : tant matérielle (contacts avec les employeurs, petits contrats, rémunération, soutien dans les démarches administratives – inscription à l'ANPE, droit à la couverture sociale) que morale (remise en confiance des plus fragiles, appui psychologique, etc. ) [11] Dans le même sens, pour Robert Castel : «Il serait particulièrement mal venu de critiquer d'une manière unilatérale ces politiques. Elles ont à coup sûr évité bien des explosions et bien des drames, même si cette action n'est pas aisément ‘ évaluable ‘. Elles ont aussi fonctionné comme des laboratoires où s'est expérimenté un redéploiement de l'action publique[14]

Sur le plan de l'insertion professionnelle, par contre, l'appréciation relevée dans nombre d'analyses est bien plus mitigée, malgré certains effets positifs concernant en particulier les chômeurs les plus qualifiés. Il faut préciser, cependant, que l'ambition des politiques d'insertion professionnelle est «de freiner la progression du chômage et d'en atténuer les conséquences[15]», en complément des politiques plus globales, macroéconomiques et structurelles. Dans cette perspective, les critiques convergent sur deux points :

Critique de certains aspects de l'insertion professionnelle

Une critique importante de la politique d'insertion professionnelle est qu'elle n'aurait pas réellement d'effet sur la quantité d'emploi mais ne ferait fluctuer que les individus occupant ces emplois. Cela ne remet par conséquent pas en cause les politiques d'insertion ciblant des publics discriminés (en fonction du sexe, du handicap, de la couleur de peau, du nom, de l'age... ) mais les politiques visant à faire de l'insertion généralisée qui au final rendraient inefficaces les insertions ciblées[18].

Une autre critique porte plus sur la dimension politicienne de cette volonté affichée de développer l'insertion professionnelle comme cela fut fait en France, en 2007, via la loi LRU qui a ajoutée aux missions de l'université l'insertion professionnelle[19] ou via le développement de la préoccupation constante de la notion d'insertion professionnelle au sein du lycée et par certains aspects au collège qui servirait en réalité a sorti de l'école les élèves en échec scolaire[20] et d'influer sur le contenu des programmes. Le monde de l'éducation estime dans sa grande majorité que l'enseignement ne doit pas avoir une vision utilitariste et que d'autres aspects sont autrement plus importants tel que former des citoyens, transmettre des connaissances ou développer l'esprit critique[21].

Notes et références

  1. IDRIS : Index International et Dictionnaire de la Réadaptation et de l'Intégration Sociale.
  2. Le dictionnaire critique d'action sociale, Jean-Yves Barreyre
  3. LORIOL Marc (sous la direction de ), Qu'est-ce que l'insertion, Edition L'Harmattan, 1999
  4. Voir : «Le marché de l'emploi en 1988», Économie et statistique, décembre 1989 ; Relations sociales et emploi, Rapport pour le 10ème Plan 1989/1992, Commissariat général du Plan, La Documentation française ; Didier Gélot, «Le chômage de longue durée en évolution», Grand angle sur l'emploi, revue de l'ANPE, décembre 1989 ; Bilan des politiques de l'emploi en 1990, ministère du Travail, 1991
  5. Bertrand Schwartz, L'insertion professionnelle et sociale des jeunes, La Documentation française, 1981.
  6. Robert Castel, Les métamorphoses de la question sociale, Gallimard, folio-essais, 1995, pp. 675-676.
  7. Jeunesse, le devoir d'avenir, rapport de la Commission «Jeunes et politiques publiques» (Dominique Charvet, prés. ), La Documentation française, 2001.
  8. Voir, Simon Wuhl, Discrimination positive et justice sociale, PUF, 2007, pp. 103-105.
  9. Didier Gélot et Bernard Simonin, «Évaluation de la politique de l'emploi, un bilan partiel des pratiques depuis la fin des années 1970», 40 ans de Politiques de l'emploi, La Documentation française, 1996.
  10. RMI : Le pari de l'insertion (2 tomes), La Documentation française, 1992, p. 375.
  11. Martin Hirsch, Discours du 25 septembre 2008 à l'Assemblée nationale, reproduit par la revue Partage, n°203, septembre-octobre 2008, p. 3.
  12. Voir : Bertrand Schwartz, Moderniser sans exclure, La Découverte, 1994 ; Daniel Bernard, Bernard Lévy, Michèle Rougé et Simon Wuhl, Nouvelles qualifications : Les entreprises innovent avec les jeunes, Centre Info, 1988.
  13. Denis Castra et Francis Valls, L'insertion malgré tout. L'intervention sur l'offre et la demande, Octarès, 2007.
  14. Robert Castel, Les métamorphoses de la question sociale, op. cit., p. 690.
  15. {40 ans de politiques de l'emploi}, op. cit.
  16. Voir : Simon Wuhl, L'égalité. Nouveaux débats, PUF, 2002, pp. 169-176 ; Simon Wuhl, Insertion : Les politiques en crise, PUF, 1998, pp. 239-271.
  17. Florence Lefresne, Les jeunes et l'emploi, La Découverte, coll. «Repères», 2003.
  18. Insertion professionnelle, la fausse bonne idée
  19. Déclaration de la Fédération SUD Education sur le projet de loi sur l'autonomie des universités
  20. Ecole et mondialisation capitaliste : bulletin n°14
  21. Rapport Lunel : Une conception particulièrement libérale du rôle de l'école

Annexes

Bibliographie


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La version présentée ici à été extraite depuis cette source le 28/10/2010.
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