Motivation

La motivation est, dans un organisme vivant, la composante ou le processus qui règle son engagement pour une activité précise.


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Définitions :

  • «Forces internes et/ou externes produisant le déclenchement, la direction, l'intensité et la persévérance du comportement de l'athlète» (Vallerand et Thill, 1993). (source : metaforme-consulting)

La motivation est , dans un organisme vivant, la composante ou le processus qui règle son engagement pour une activité précise. Elle en détermine le déclenchement dans une certaine direction avec l'intensité souhaitée et en assure la prolongation jusqu'à l'aboutissement ou l'interruption. Cette notion se distingue du dynamisme, de l'énergie ou du fait d'être actif. La motivation concerne certaines actions ou expériences, mais pas pour toutes.

Se manifestant généralement par le déploiement d'une énergie (sous divers aspects telle que l'enthousiasme, l'assiduité, la persévérance), la motivation est trivialement assimilée à une «réserve d'énergie».

Mais plus qu'une forme «d'énergie potentielle», la motivation est une instance d'intégration et de régulation d'une grande variété de paramètres relatifs aux opportunités d'un environnement ainsi qu'aux sollicitations d'une situation. Aussi le rôle de la motivation est-il proportionné aux degrés d'ambiguïté et ambivalence d'une situation : elle doit dissiper la complexité ou alors la confusion des données et leur conférer différentes valeurs avant d'en tirer une conclusion en termes de comportement : le choix et l'investissement dans la direction préférée.

«Rien n'est plus insondable que le dispositif de motivations derrière nos actions. [1]»

L'interrogation portant sur la motivation, émerge essentiellement dans les situations où son rôle de délibération interne est requis prioritairement ; c'est-à-dire avant tout lorsque l'organisme est face à une dimension quelconque de concurrence, une priorité ou hiérarchie devant émerger pour permettre l'action. De ce point de vue, quoique les problématiques ne soient pas équivalentes, deux types de concurrence sont identifiables :

Histoire du concept

Buste de Platon

L'idée de motivation est déjà présente dans la division tripartite de l'âme chez Platon. L'epithumia est à l'origine du désir de manger ou de se reproduire. Siège des besoins physiques, ce ventre doit être maîtrisé par le thumos, l'élément moyen, au service de la raison (noos). Cette fonction appétitive ou conative s'oppose par conséquent à la cognition. En utilisant le vocabulaire psychologique moderne, le thumos peut s'interpréter comme l'émotion, à la charnière entre le désir et la raison.

Le point de vue général de la philosophie antique, exprimé spécifiquement par l'eudémonisme, considère que la recherche du bonheur est l'exigence impérative à la base de la motivation ; les autres attentes n'en étant que des objectifs partiels et isolément insuffisants.

Il est complexe de retracer l'histoire du concept général de motivation, du fait qu'il n'a pas vraiment été étudié entre l'antiquité et le XXe siècle. Cependant, on peut faire un parallèle avec l'histoire de l'organisation du travail, qui utilise (pas toujours de façon directe) le concept restreint de motivation au travail.

Au Moyen Âge comme actuellement, le type d'organisation est en relation avec le type de métier reconnu. Ainsi, on peut prendre l'exemple de l'artisan. Le savoir-faire artisanal, lui donnait la possibilité d'organiser son travail comme il le souhaitait. On peut penser que la motivation était par conséquent assez importante, de par le fait que l'artisan menait son œuvre du début à la fin, et cela à son rythme (motivation intrinsèque). Plus tard, à la fin du Moyen Âge, on assiste à la création d'ateliers et de grandes entreprises, ce qui coïncide au passage à l'époque moderne. Par conséquent, le mode d'organisation change, et ainsi on peut concevoir que la motivation des salariés diminue en conséquence. À partir de ce moment, l'art de l'organisation et du management deviendra rapidement une obligation.

Au XVIIIe siècle, Jeremy Bentham conçoit l'individu comme répondant à l'utilitarisme, surtout en se livrant à une subtile arithmétique des plaisirs.

Kant exprime deux origines de la motivation. La première étant le devoir, alors que la seconde est la satisfaction du désir ou motivation sensible[2].

Dans son journal, Maine de Biran semble considérer la liberté intérieure comme la caractéristique d'une motivation principale ; motivation sans objet spécifique mais avec laquelle l'ensemble des autres devraient entretenir des rapports de dépendance ou de conciliation. Il rédige : «Il est vrai qu'il y a en nous une force propre qui se donne à elle-même sa direction et ne la reçoit qu'autant qu'elle le veut», de nombreuses pages après avoir utilisé une métaphore de circonstance : «L'homme vertueux porte en lui-même une monarchie où l'ensemble des forces sont soumises à une seule ; où tout fléchit devant la liberté intérieure». Cette «force propre» et en quelque sorte «royale» n'est autre que l'âme ; celle-ci ayant pour vassales les différentes puissances de l'être et ses motivations.

Dans sa conception de rivalité des motifs d'action, Arthur Schopenhauer qualifie le motif vainqueur comme celui qui répond le mieux au vouloir vivre de la personne.

Au début du XXe siècle, le taylorisme, et légèrement plus tard le fordisme, ont mis en place l'OST (organisation scientifique du travail). Pour Taylor, la motivation est la conséquence du salaire, et il ne tient pas compte des motivations intrinsèques du salarié, ce qui déshumanise le travail.

«Les conséquences du taylorisme sévissent toujours désormais dans nos entreprises[3]», quoiqu'on sache actuellement que le salaire n'est pas un facteur de motivation du salarié, mais un facteur de satisfaction, et que la parcellisation de la tâche implique une «exécution passive du travail, sans implication personnelle. [3]»

Au milieu du XXe siècle, la motivation a été étudiée en France par la «psychologie des tendances» ou «inclinations» : «tendances primitives» voisines de l'instinct, «tendances sociales», «tendances parfaites», etc.

Problématique de la motivation

La motivation se manifeste généralement par un déploiement d'énergie

S'interroger sur la motivation d'un comportement est une démarche inductive : le constat objectif étant insatisfaisant, on suppute l'existence d'une composante subjective ; composante dont la connaissance aurait une vertu explicative en rapport avec ledit constat.

Considérant par exemple deux individus, d'autre part fort différents, mais exprimant la même ambition apparente (telle une candidature à un même poste)  ; le réflexe sera de chercher à découvrir chez l'un et chez l'autre une composante spécifique qui expliquera une convergence de leurs comportements que leurs singularités auraient du empêcher. Chez l'un, d'une manière ou d'une autre on identifiera un goût du pouvoir, et chez l'autre par exemple un opportunisme...

La démarche inductive, à laquelle incite le questionnement quant à la motivation, est totalement la même que celle que la science psychologique a le plus souvent à l'égard de la personne : «Mais comment fonctionne cet animal singulier pour se manifester avec si peu de cohérence ? Ou tant de variété ?»

Cela revient à dire qu'on ne peut parler quasiment de «motivation» sans se situer plus ou moins explicitement dans un cadre conceptuel ou théorique du sujet. Mettre en avant la notion de «motivation» engage, dans une forme ou une autre, la causalité ; pousse à vérifier un certain «mécanisme». Cela ne veut pas dire que parler de motivation soit obligatoirement une forme de réductionnisme, mais assurément «autant d'écoles psychologiques, tout autant de motivations !».

Maintenant reconnaître la motivation comme tributaire ou emblématique d'une théorie donnée questionne la pertinence de ce concept :

  1. La motivation a-t-elle un contenu valide dans toute théorie du sujet ? Ou existe-t-il au moins une théorie incompatible avec tout usage de cette notion ? Et pourquoi ?
  2. Peut-on élire la motivation comme objet théorique assez général pour faciliter la synergie des différentes écoles ? Sans que l'une impose son modèle aux autres...
  3. Question qui — dans une approche plus épistémologique — peut prendre une autre forme : malgré ou à cause de son ambiguïté conceptuelle, la motivation ne pourrait-elle permettre une connaissance réunifiée du sujet, au-delà des approches partielles ?

Pour être crédible, l'hypothèse de cette dernière question doit résister à une dramatisation de la totalité de ces interrogations. Ainsi en réduisant provisoirement chaque théorie à un dispositif causal, on peut aisément préjuger qu'à maintes reprises, telle motivation sera vue comme cause dans un dispositif en même temps qu'effet dans un autre, la «vraie» motivation étant plus en amont ; cette divergence principale interdisant toute conciliation sauf à entreprendre des réformes.

Ces questions explicitées, une exploitation rationnelle du concept «motivation» passe par une approche systémique, chaque sujet reconnu comme le cadre d'une certaine dynamique énergétique («système individuel»)  ; dynamique elle-même analysée au sein de tel ou tel «système» de psychologie dans tel et tel milieu.

Les modèles de motivation

Selon la complexité de l'organisme étudié, les éléments théoriques peuvent plus ou moins se simplifier en modèles adaptés aux objectifs. On peut par exemple concevoir la motivation comme déterminée par la recherche d'expériences positives et par l'évitement des expériences négatives ; une personne pouvant être conduite à l'automutilation ou à la violence parce que son cerveau est disposé à créer une réponse positive à ces actions.

Selon une autre optique, les intérêts subjectifs existeraient avant l'entrée en scène de la motivation, celle-ci ayant pour seul rôle de mobiliser l'individu entre ces prédilections et les buts proposés : la motivation ne gère plus l'orientation du comportement, mais seulement ses aspects dynamiques.

L'intérêt des modèles diverge selon qu'ils se préoccupent de «concurrence» entre individus ou de «concurrence» entre intérêts individuels :

Les théories de la motivation humaine

On parle de «théorie de la motivation» pour désigner les préconceptions qui ont présidé le plus souvent à l'élaboration d'un modèle de motivation. On recense ainsi la plupart de «théories» :

À chaque époque, ses conceptions de l'homme et ses théories de la motivation (Little 1999, McAdams 1999). Les bases classiques des théories sont :

La théorie de la hiérarchie des besoins d'Abraham Maslow (1954)

Article détaillé : Pyramide des besoins de Maslow.

Accomplissement personnel

Estime de soi

Estime des autres

Amour, appartenance

Sécurité

Physiologique

Pyramide des besoins

Cette théorie[4] hiérarchise les besoins, et dit que plus on «monte» de niveau, et plus la motivation est importante. Mais on ne peut atteindre les niveaux supérieurs, que si les besoins plus primaires sont satisfaits.

Cette théorie précise aussi que «ces besoins ont une structure multidimensionnelle»[5], c'est-à-dire que d'un sujet à un autre, le «niveau de satisfaction des besoins»[5] n'est pas le même.

Cette théorie est particulièrement critiquée actuellement, car énormément de données montrent que plus on assouvit un besoin, plus on cherche à le satisfaire.

La théorie des deux facteurs d'Herzberg (1959)

Le grand apport de cette théorie, «parmi les travaux les plus classiques»[6], est qu'elle montre que la motivation peut être influencée par des facteurs externes, nommés extrinsèques.

Pour Herzberg[7], la motivation fluctue selon des facteurs internes, mais la démotivation influe selon les facteurs externes, qu'il nomme facteurs d'hygiènes.

Ainsi, la motivation n'est envisageable que si les facteurs d'hygiènes sont hauts. Mais il n'y a motivation pure Ces deux concepts (motivation et démotivation) sont par conséquent parallèles, et ne relèvent pas d'un continuum.

La somme de commentaires et de critiques suscités par les travaux d'Herzberg est importante. La méthode utilisée pour le recueil des données est fréquemment critiquée car source de biais. En effet, la méthode des incidents critiques consistait à recueillir les moments où les salariés se sont sentis heureux et les moments où ils se sont sentis mécontents. Procédant ainsi, les conclusions établissent que seuls les facteurs intrinsèques (accomplissement de soi, travail en lui-même, responsabilités) contribuent à la satisfaction, leur absence menant à des états neutres. Les facteurs extrinsèques (rémunération, qualités du hiérarchique... ) diminueraient l'insatisfaction, mais n'influenceraient pas ou peu la satisfaction. La répartition entre facteurs internes et externes peut être interrogée. On peut en effet se demander si les responsabilités confiées sont un facteur interne ou externe. Plus globalement, ce modèle confond allègrement deux notions actuellement clairement différentes : motivation et satisfaction. Cette critique est portée par des auteurs comme Claude Levy-Leboyer ou Robert Francès [8]. L'intérêt de ce modèle est d'avoir génèré le mouvement dit de l'enrichissement au travail.

La théorie du besoin de réalisation de McClelland (1961)

Cette théorie est construite à partir de la mesure des besoins, à l'aide du TAT. David McClelland fait ressortir trois types de besoins faisant motivation au travail :

  1. Les besoins de réalisation : ceci renvoie à l'envie de réussir (Accomplissement)  ;
  2. Les besoins de pouvoir : ceci renvoie à vouloir avoir de l'influence sur autrui ;
  3. Les besoins d'affiliation : ceci renvoie au besoin de relations sociales satisfaisantes.

Ainsi, ces trois facteurs semblent avoir comme objectif de montrer que «la volonté de réussir est une auto- motivation puissante»[9].

La théorie des caractéristiques de la tâche (1968)

Cette théorie a eu, pour effet historique, un enrichissement du travail, par le fait de la nature de la tâche proposée par l'auteur. Pour Hackman, le chercheur à son origine, on trouve cinq facteurs influençant la motivation :

  1. La variété des tâches (V)  ;
  2. Les tâches pouvant être réalisées entièrement (I pour identité)  ;
  3. La signification des tâches (S)  ;
  4. L'Autonomie individuelle (A)  ;
  5. Un retour sur ses activités (F pour feedback).

Hackman et Oldham proposent une formule pour calculer un score de motivation :

Score = \left ( \frac{( V + I + S ) * A * F }{3} \right )

Plus tard, en 1976[10], ces deux auteurs ajoutèrent plusieurs facteurs dont un important, le désir de reconnaissance, qui affecterait les cinq autres.

Les théories béhavioristes

Le béhaviorisme tenant par principe pour négligeables les caractéristiques individuelles internes, la motivation résulte toujours en premier lieu de facteurs liés plus ou moins étroitement au conditionnement et plus exactement des différents renforcements extrinsèques exercés sur les comportements reconnus comme positifs. [11].

La théorie V. I. E de Vroom (1964)

Cette théorie[12] cognitiviste, nommée aussi «la théorie du résultat escompté»[13], repose sur trois concepts :

  1. La «valence» (V)  : C'est la valeur, positive ou négative, qu'on attribue au résultat de ses actions ou de sa performance. C'est répondre à la question : ce que j'obtiens en retour pour ma performance accomplie, c'est important ou pas pour moi ? Dans le cadre du travail, par exemple, l'important pour certains peut être le niveau du salaire, pour d'autres d'avoir du temps libre. Ces prédilections sont mesurables sur une échelle de -10 à +10 ;
  2. L'«instrumentalité» (I)  : Est-ce que la performance est corrélée avec le résultat ? C'est la probabilité perçue du lien entre la performance à atteindre et ce que j'escompte en retour. C'est répondre à la question, si je fais ceci, alors est-ce que j'obtiendrai cela en retour ? Mesurable sur une échelle de 0 à 1 ;
  3. L'«attente» (E)  : Est-ce que l'effort aboutit à une performance ? c'est répondre à la question, si je me mobilise pour faire cela, est-ce que j'arriverai à cette performance ? Mesurable sur une échelle de 0 à 1.

On trouvera une description de ce modèle de motivation en français dans le traité de psychologie du travail de C. Levy-Leboyer et JC. Spérandio paru au PUF en 1987 ou plus récemment dans Legrain H. Motivation à apprendre : mythe ou réalité ? L'Harmattan, 2003, page 42 à 51. L'intérêt de ce modèle est que des recherches quantitatives ont pu montrer un lien entre la motivation, ainsi mesurée, et les efforts déployés dans un travail ou un apprentissage.

Vroom propose une formule calculant la force de la motivation (F)  :

 F = E*( \sum V*I )

La théorie de l'équité d'Adams (1963, 1965)

Selon cette théorie (1963[14], 1965[15]), l'individu calculerait un «score» pour lui même, et un score pour autrui, pour déterminer s'il y a de la «justice sociale». La motivation viendrait par conséquent des représentations mentales (théorie cognitiviste).

Score = \left ( \frac{R}{A} \right )

Sachant que R correspond aux Résultats (ex.  : salaire), et A à l'Apport (ex.  : effort donné).

La théorie du renversement (1982)

Article détaillé : théorie du renversement.

Présentée par Michæl Apter en 1982[16], la théorie du renversement se préoccupe moins des déterminants biologiques ou environnementaux de la motivation que de sa dynamique dans une approche cybernétique par renversement entre des états assez stables, dits états métamotivationnels. Elle prétend ainsi rendre compte autant des variations inter-individuelles avec des états préférés que des variations intra-individuelles comme le passage (à environnement constant) de l'ennui à l'euphorie ou de la relaxation à l'anxiété.

Avec la notion d'état métamotivationnel, l'individu apparaît comme moins foncièrement dépendant de pulsions ou besoins vitaux puisque leur satisfaction est l'occasion d'un jeu ou d'une mise en concurrence renouvelée (multistabilité)  ; à chaque moment, un point d'équilibre et une forme d'engagement dans l'action sont en définitive toujours prioritaires sur les résultats pratiques de ce comportement.

Quelques paires d'états métamotivationnels ont été dégagées et ont fait l'objet d'essais de validation. La plus connue et principale est la paire état télique/paratélique ; particulièrement proche d'ailleurs de la distinction motivation extrinsèque/intrinsèque, l'objectif (telos) au cœur de l'état télique étant la quintessence de la motivation extrinsèque.

La motivation entre nature et culture

Le dispositif hédonique est activé par le chocolat, pour ceux qui l'aiment par nature

Engagé dans une situation donnée, l'individu exprime une certaine motivation ; simplement dit de l'«entrain» (ou enthousiasme). En pédagogie, on parle de «motivation situationnelle».

L'entrain est lui-même fonction d'une motivation plus individuelle correspondant aux attraits personnels de la situation ; par exemple, l'entrain d'un étudiant dans l'étude d'un ouvrage spécifique sera en partie dépendant de son goût pour la lecture. On peut parler à ce niveau d'une «motivation habituelle» ; motivation apte à engager l'individu plus ou moins dans l'ensemble des situations favorables à son expression.

La motivation habituelle est prioritairement déterminée par les intérêts profonds de l'individu ou «motivations intimes» et accessoirement par des éléments liés à son histoire, à son développement. Le plaisir (cf. Système hédonique) est le critère central de ce niveau de motivation dans la mesure où il signale l'correction des intérêts avec une forme d'expression envisageable.

En pédagogie, on parle de «motivation contextuelle» : c'est par une motivation contextuelle d'ordre esthétique qu'un élève assistera avec ravissement à un opéra tandis qu'à la piscine, c'est le pur plaisir de nager qui l'enthousiasmera.

Ces degrés de motivation entre l'intime et le vécu des expériences successives suffirait à décrire un individu isolé, sans relation, dans la mesure où il lui suffirait de se laisser dériver au grée des opportunités qui se présenteraient sans avoir aucun compte à rendre. Mais nous savons avec Sartre que «l'individu est une abstraction», et que la culture est présente au cœur de l'homme, via la communication, l'éducation, les associations.

Si la nature participe par le plaisir à la motivation, la culture (contrariant en partie la spontanéité) implique le renforcement dans la motivation du critère de l'autonomie. Particulièrement tôt l'enfant complète les plaisirs du «manger» ou du «regarder» par la satisfaction de manger ou de regarder ce qu'il entend manger et regarder ; particulièrement tôt l'autonomie s'impose à lui comme un instinct essentiel, instinct qui sera diversement reconnu par ses parents. Réagissant aux interférences d'ordre culturel avec ses désirs, le besoin d'autonomie pousse l'individu à rester le maître de ses choix.

La motivation lorsqu'elle est déterminée par le plaisir et le sentiment d'autonomie est dite «intrinsèque».

Pour intime qu'il soit, le besoin d'autonomie n'est pas seulement une posture défensive, il peut s'exprimer surtout par le besoin de réussite (Atkinson (1983) ). Mais une réussite qui ne répondrait qu'à une obligation sociale, à une injonction éducative, sera dite «motivée extrinsèquement».

Tandis que certaines personnes issues d'une certaine culture y voient une motivante nourriture, d'autres n'y pensent même pas

En résumé :

«Une activité qui est pratiquée pour elle-même, pour son contenu est dite intrinsèquement motivée, tandis qu'une activité qui est pratiquée pour ses effets - pour l'obtention d'une conséquence positive ou pour l'évitement d'une conséquence négative - est dite extrinsèquement motivée. [17]»

Finalement, privée de satisfaction ou de conviction, une personne motivée extrinsèquement n'est pas principalement intéressée par l'activité en soi. Dans l'enseignement, cette motivation s'attachera à l'obtention d'une note, d'une appréciation positive du professeur, d'un diplôme.

L'estimation d'un degré de motivation extrinsèque ne doit pas masquer la complexité à la base de la motivation et faire tomber dans un schématisme dans lequel motivations ou individus d'un type ou d'un autre seraient distingués sans grande prudence. Des échelles de motivation basées sur ce modèle essayent d'encadrer cette discrimination.

Cette polarité «intrinsèque/extrinsèque» a été développée comme un continuum dans la théorie de l'autodétermination (Deci & Ryan, 1985, 1991).

Ces auteurs définissent plusieurs degrés d'autonomie (ou perte d'autonomie) selon l'intensité de l'assimilation des contraintes culturelles, depuis la simple prise en compte («régulation identifiée») jusqu'à l'«oubli» des aspirations initiales («régulation externe», opportunisme), le degré intermédiaire étant une intériorisation des contraintes («régulation introjectée»).

Cependant, cette gradation appliquée à l'apprentissage ne réduit pas le paradoxe du «vouloir l'autonomie» de l'apprenant et l'effet de double contrainte qui en résulte au détriment de l'autonomie ; à ce titre «Ne pas faire obstacle à l'autodétermination !» est un mot d'ordre de première importance.

La théorie de l'autodétermination parle de «motivation autodéterminée» lorsque le besoin d'autonomie joue un rôle prioritaire ; elle y ajoute le besoin de compétence et le besoin d'appartenance sociale ; trois besoins psychologiques formant selon elle la base de la motivation humaine.

Bases biologiques impliquées dans la motivation

Les neurosciences ont mis, ces dernières années, en lumière les différentes bases biologiques impliquées dans la motivation. Elles se composent d'hormones, et de différentes parties du système nerveux central. Ces dernières serviront d'éclairages, pour mieux comprendre certains types de motivation, expliqués ci après.

Hormones et motivation

Une motivation, permettant de l'accomplissement d'assouvissement primaire tels que les comportements agressifs et sexuels, peut être expliqué par l'augmentation de certaines hormones. Il est bien connu, en effet, que lors de l'adolescence par exemple, le taux d'hormone est corrélé positivement, et significativement aux comportements agressifs et tournés vers le sexe. Mais il est bien évident, que ces décharges hormonales, ne sauraient être l'explication unique de comportements plus évolués.

Hypothalamus et motivation

Indication de l'hypothalamus

L'hypothalamus peut être aussi associé à la motivation de comportement assouvissant certains besoins physiologiques tels que la soif et la faim. Cet «expert» du système végétatif, est le «commandeur» de ces comportements. En effet, «l'hypothalamus peut être reconnu comme un véritable ordinateur de la vie végétative qui programme les composantes physiologiques de la faim, de la soif, de la sexualité, de l'ovulation, les rythmes de base du sommeil, etc.»[18]. Qui plus est , ce deuxième facteur explicatif de la motivation est directement relié au dispositif limbique, qui est au centre des émotions humaines, et ainsi, sert à déclencher, ou inhiber, des comportements agressifs.

A titre d'exemple, la stimulation de l'hypothalamus médian ventral entraîne le déclenchement de la lutte, tandis qu'au niveau dorsal, il déclenche la fuite. L'hypothalamus latéral, stimulé cholinergiquement, déclenche soit la soif, soit l'agressivité.

Système hédonique et motivation

Le dispositif hédonique, ou les réseaux déterminant dans la sensation de plaisir, participe bien entendu au déclenchement de cette force qu'est la motivation. Skinner a illustré cela avec sa boîte, où des rats étaient directement stimulés au niveau de ces centres nerveux. Ceux-ci préféraient mourir de faim, ou passer par dessus un grillage électrifié, plutôt que d'arrêter de se stimuler.

Sources de motivation

Besoins

Article détaillé : besoin.

Besoins physiologiques

Ce genre de motivations, est vu comme telle, par la théorie de la pulsion de Hull (1943, 1952) [19]. Les plus faciles à analyser, au moins superficiellement, sont celles basés sur des besoins physiologiques évidents. Cela inclut la faim, la soif et le désir d'échapper à la douleur.

L'analyse des processus qui sous-tendent de telles motivations peut utiliser les recherches sur les animaux, en éthologie, en psychologie comparative et en psychologie physiologique, et celle des processus hormonaux et du cerveau dans ce qui semble commun au moins pour l'ensemble des mammifères et certainement l'ensemble des vertébrés. Toutefois :

Ainsi, l'activation de l'hypothalamus, qui déclenche des comportements innés, ne peut se faire que par la présence de stimuli intérieurs, couplés à des stimuli environnementaux. Cependant, ces derniers peuvent prendre des formes particulièrement complexes (culture... ), ce qui démontre que la motivation même des comportements innés n'est pas si simple qu'on pourrait le croire au premier abord.

Autres motivations biologiques

À un autre niveau, on trouve d'autres motivations ayant une base biologique évidente mais qui ne sont pas nécessaires pour tout autant à la survie immédiate de l'organisme. Cela inclut les motivations puissantes pour le sexe, le soin parental et l'agression : ici encore, les bases physiologiques sont identiques chez les humains et les autres animaux, mais les complexités sociales sont plus grandes chez les humains (ou peut-être comprenons-nous mieux ceux de notre propre espèce).

Dans ces domaines, des analyses à partir de l'écologie comportementale et de la sociobiologie ont offert de nouvelles approches dans les dernières décennies du XXe siècle, mais restent controversées. Peut-être identique, mais à un autre niveau, est la motivation pour rechercher une stimulation nouvelle — nommée exploration, curiosité ou recherche d'une excitation.

Un problème essentiel dans l'analyse de telles motivations se pose lorsqu'elle s ont un composant homéostatique, qui peut augmenter avec le temps s'il n'est pas déchargé ; cette idée fut un composant clé des analyses du début du XXe siècle comme, par exemple, chez Freud et Konrad Lorenz, et elle est un facteur important de la psychologie populaire de la motivation. «La perspective psychodynamique cherche à découvrir les motifs et les influences inconscientes qui s'organisent autour des pulsions sexuelles et agressives pour orienter le comportement (Freud 1915)»[20]. Les décennies ultérieures, mieux informées au niveau biologique cependant, impliquent que de telles motivations sont situationnelles et apparaissent lorsqu'elle s sont (ou semblent être) nécessaires pour assurer la bonne forme de l'animal ; elles se résorbent sans conséquence lorsque leur occasion passe.

Buts secondaires

Les besoins biologiques secondaires importants tendent à génèrer des émotions plus puissantes et par conséquent des motivations plus importantes que d'autres besoins. L'une des études les plus connues est celle d'Abraham Maslow avec sa célèbre pyramide des besoins. Une distinction peut être faite entre motivation directe et indirecte. C'est par exemple le cas entre un cadre de travail agréable et la rémunération liée à cette activité.

Autres types de besoins

Outre les besoins physiologiques, d'autres types de besoins peuvent intervenir comme source de motivation. Les besoins psychologiques tels que les besoins d'estime de soi, d'accomplissement, de pouvoir, d'intimité, etc. sont une source importante, mais aussi les besoins sociaux tels le besoin d'avoir des relations interpersonnelles.

Émotions

Les émotions, telles que l'amour, la peur, etc. sont aussi d'importantes sources de motivations.

Cognitions

Certaines sources de motivation font appel à la cognition, comme par exemple, les buts que nous nous fixons et les valeurs auxquelles nous adhérons.

Autocontrôle

L'autocontrôle de la motivation est de plus en plus compris comme un sous-ensemble de l'intelligence émotionnelle. Une personne peut être particulièrement intelligente selon une définition conservatrice (mesurée par de nombreux tests d'intelligence), mais non motivée pour dédier son intelligence à l'accomplissement de certaines tâches. La théorie de l'expectation (ou des attentes, ou encore de l'espérance) de Victor Vroom apporte une valeur (la valence — cf.  théorie de Vroom) qui montre cette idée d'autocontrôle, c'est-à-dire cette envie de poursuivre un but spécifique.

L'autocontrôle est fréquemment en contraste avec le processus automatique de stimulus-réponse, comme dans le paradigme du comportement de B. F. Skinner.

Sources externes

Certaines sources externes à l'organisme peuvent nous motiver ou influencer notre comportement et peut-être devenir des motivations internes. A titre d'exemple, le renforcement positif ou l'apprentissage par observation sont deux formes de sources externes qui à la longue peuvent recruter de l'intérêt.

Cœrcition

La plus évidente forme de motivation externe est la cœrcition, lorsque l'évitement de la douleur ou d'autres conséquences négatives a un effet immédiat. Lorsque une telle cœrcition est permanente, elle est reconnue comme un esclavage. Quoique la cœrcition soit reconnue du point de vue éthique comme répréhensible par énormément de philosophies, elle est beaucoup pratiquée sur les prisonniers et aussi sous la forme de la. Les critiques du capitalisme moderne déclarent que sans réseaux de protection sociale, l'esclavage des salariés serait inévitable.

Motivation de contrôle

Le contrôle de la motivation n'est compris que d'une manière partielle. Il y a de nombreuses approches de l'«entraînement à la motivation», mais énormément sont reconnues comme de la pseudoscience par les critiques. Pour comprendre comment contrôler la motivation il est en premier lieu indispensable de comprendre pourquoi tant de gens manquent de motivation.

Dans les années récentes, des activités non rémunérées comme le surf sur l'Internet sont devenues des préoccupations croissantes pour les employeurs, surtout ceux des nations dites riches. Certaines entreprises ont utilisé des tactiques contraignantes pour contrer ce qui est perçu comme une menace, d'autres essayent de définir certaines limites et la majorité appliquent des représailles dans les cas extrêmes. Même pour les utilisateurs «à domicile», la dépendance à Internet, aux jeux vidéo ou à la télévision pose un problème de désir.

Leur utilisation peut être expliquée par une boucle de renforcement positif rapide par fourniture d'endorphine, une famille ersatz et l'alimentation de la curiosité. On sait que les connexions neuronales sont augmentées par la répétition de l'activité, ce qui veut dire qu'il est plus facile de recommencer une action (l'habitude) que de faire quelque chose de nouveau.

La question clé pour la motivation est alors : quelles activités génèrent une réponse émotionnelle positive, et lesquelles ne le font pas ? Les réponses à cette question sont explorées de plus en plus par la neuropsychologie. «[Parmi] les principaux thèmes des neurosciences cognitives [on trouve la] neurobiologie des états de vigilance et de motivation mis en jeu par les comportements orientés vers un but. [21]» On sait que pour la majorité des gens, les activités qui comprennent de fortes impressions audiovisuelles ont un effet émotionnel plus important. Des informations uniquement issues d'un texte, à l'inverse, sont généralement peu motivantes. Cela semble intuitif vu que lire est une capacité entraînée à un haut niveau cortical tandis que de grandes parties du cerveau sont affectées au traitement de l'audiovisuel.

Comme les humains sont des animaux sociaux, il apparaît aussi naturel que les connexions sociales jouent un rôle essentiel dans la motivation. On connaît peu de choses sur la manière dont le cerveau humain traite de telles relations, mais on peut assurer qu'elles sont puissantes. Comme des raisons personnelles peuvent gêner les programmes de contrôle des motivations, on essaye d'apprendre aux enseignants et dirigeants à trouver des relations pour leurs sentiments personnels ailleurs qu'avec leurs étudiants et employés.


Organisation

À côté des approches directes à la motivation, commençant tôt dans la vie, il est des solutions qui sont plus abstraites mais peut-être néanmoins plus pratiques pour l'automotivation. Dans la pratique, chaque livre-guide de motivation inclut au moins un chapitre sur la bonne organisation des tâches et buts de chacun. On indique par exemple qu'il est indispensable de maintenir la liste de ce qui est fait et de ce qui reste à faire et d'éviter que la routine ne fasse baisser l'attention. Énormément d'organiseurs de poche qui gèrent ces listes ne font que supprimer ce qui est fait au lieu de le garder dans une liste scindée.

Il existe des programmes plus particulièrement élaborés qui montrent l'évolution du réseau.

Un aspect intéressant et assez négligé par la sociologie est la nature d'assuétude des jeux de rôle qui utilisent un dispositif de points d'expérience et des «niveaux» pour motiver le joueur et l'inciter à continuer ; lorsqu'il a gagné suffisamment de points, il peut progresser au niveau suivant, et obtenir ainsi de nouvelles facultés et un statut supérieur dans la communauté, s'il y en a une. Quoique de nombreux dispositifs électroniques aient un concept de base des priorités, peu explorent cette possibilité de manière communautaire.

Notes

  1. Georg Christoph Lichtenberg, Le Miroir de l'âme, Corti, 1997 (ISBN 2-7143-0610-1) .
  2. Ludovic Robberechts, Essai sur la philosophie réflexive, J. Duculot, 1971, p.  45 (ISBN 2-87037-050-4) .
  3. Roger Moyson, Le Coaching — Développer le potentiel de ses collaborateurs, De Bœck Université, deuxième tirage 2004, p.  58.
  4. (en) Maslow, Motivation and personality, Harper, New York, 1954.
  5. Paul Pellemans, Le Marketing qualitatif — Perspective psychoscopique, De Bœck Université, p.  41 (ISBN 2-8041-1589-5) .
  6. Gustave-Nicolas Fischer et Jacqueline Vischer, L'Évaluation des environnements de travail — la Méthode diagnostique, De Bœck Université, p.  23, (ISBN 2-8041-2611-0) .
  7. Frédérick Herzberg et Charles Voraz, Le Travail et la Nature de l'homme, Entreprise moderne d'édition, Paris.
  8. Robert Francès, Motivation et efficience au travail, Mardaga, 1995;
  9. Sylviane Fritz, Moi et le management — Être l'acteur de son développement personnel, De Bœck Université, p.  67 (ISBN 2-8041-2672-2) .
  10. (en) J. R. Hackman et G. R. Oldham, «Motivation through the design of work : Test of a theory», in Organizational Behavior and Human Performance no 16, p.  250.
  11. Voir surtout l'ouvrage de Burrhus F. Skinner, Pour une science du comportement : le béhaviorisme, Delachaux et Niestlé, Paris, 1979 (traduction de la version anglaise de 1974).
  12. (en) Vroom, Work and motivation, New York : Wiley, 1964.
  13. Michel Amiel, Francis Bonnet et Joseph Jacobs, Management de l'administration, De Bœck Université, p.  66 , ISBN 2-8041-2615-3) .
  14. (en) J. S. Adams, «Toward an understanding ok inequity», in Journal of abnormal and social psychology, vol.  67, no 5, p.  422.
  15. (en) J. S. Adams, «Inequity in social exchange», in L. Berkowitz, Advances in experimental social psychology, Academic press, New York, vol.  2, p.  267.
  16. (en) Michale Apter, The Experience of Motivation, 1982.
  17. Sylvie Piché, Précurseurs motivationnels des performances sportive et scolaire, Université Laval, 2003.
  18. Alain Lieury, Psychologie générale, cours et exercices, Dunod, Paris, 2000, p 220 (ISBN 2-10-005273-X) .
  19. (en) Hull, Behavior system, Yale U. Press, New Heaven, 1952.
  20. Carol Tavris et Carole Wade, Introduction à la psychologie — Les Grandes Perspectives, De Bœck Université, p.  267 (ISBN 2-8041-3284-6) .
  21. Jean Delacour, Une introduction aux neurosciences cognitives, De Bœck Université, p.  14 (ISBN 2-8041-2818-0) .

Voir aussi

Bibliographie

Liens externes

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