Sociologie d'intervention et Socianalyse

La socianalyse, telle qu'introduite en 1956 par Jacques et Maria Van Bockstæle, est 1°) une branche de la sociologie d'intervention, 2°) une théorie des rapports sociaux...


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Sociologie d'intervention - Gestion des ressources humaines

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La socianalyse, telle qu'introduite en 1956 par Jacques et Maria Van Bockstæle, est 1°) une branche de la sociologie d'intervention, 2°) une théorie des rapports sociaux et 3°) une technique d'intervention, dite «tâche canonique», applicable au traitement d'une situation pragmatique spécifique. La socianalyse ainsi comprise est fondée sur le syntagme Imaginer-coopter. Cette approche clinique n'a fait l'objet que récemment d'une publication d'ensemble avec le livre La socianalyse. Imaginer-Coopter, Éditions Economica, collection Anthropos, Paris, 2004.

Une branche de la Sociologie d'Intervention

La Sociologie d'Intervention dans son rapport à la socianalyse trouve une source majeure dans une référence à l'ouvrage de Germaine Tillion, Le harem et les cousins, 1966. Germaine Tillion propose une "socianalyse du harem" qui "cherche à emprunter à la psychanalyse à la fois une démarche d'observation et une démarche d'intervention. En premier lieu, l'auteur se propose “comme le psychanalyste […] en premier lieu (d') observer attentivement le sujet qui nous intéresse –une société actuelle ou presque actuelle – et tenir alors grand compte de ses erreurs, de ses lapsus (G. Tillion précise que “ce sont les faits aberrants, hors dispositif, qui, en sociologie, jouent les rôles révélateurs que la psychanalyse attribue aux lapsus”). Par la suite, pour les expliquer, il nous faudra, avec son aide, déchiffrer ses rêves, et remonter alors dans son passé le plus lointain jusqu'à sa toute petite enfance” (Ibid., 15). En second lieu, l'auteur cherche à intégrer dans son approche le mécanisme interprétatif lui-même : “J'ai eu l'occasion […] de constater le soutien réel que peut apporter à ceux qu'ils écrasent la compréhension – c'est-à-dire l'analyse – des mécanismes écraseurs (en outre cette clarté projetée sur les monstres est aussi, je n'en doute pas, une des façons efficaces de les exorciser) ” (Ibid., 20). Compte tenu de la passion qui se dégage de son ouvrage, le lecteur ne saurait douter que l'auteur utilise sur le terrain les moyens d'“exorcisme” qui sont à sa portée : “L'ethnographe doit questionner des hommes vivants, non des textes […] il faut qu'il réponde à des questions, qu'il explique, qu'il s'explique, et , s'il veut bien comprendre, il doit veiller en premier lieu à être bien compris”. Cet exorcisme par la parole présente des ressemblances concrètes avec la cure par la parole[1], G. Tillion paraissant privilégier un mode d'interprétation qu'elle nomme “échafaudage” ou “construction provisoire” et qui se rapproche dans une certaine mesure de la "construction" au sens donné par Freud : “Assez fréquemment nous ne réussissons pas à amener le patient à se souvenir du refoulé. À la place nous obtenons chez lui, si nous avons mené correctement l'analyse, une ferme conviction de la vérité de la construction, conviction qui a le même effet thérapeutique qu'un souvenir retrouvé” (Laplanche & Pontalis, 1967, 99). Les limites de la remémoration étant particulièrement restreintes dans le cas de son objet d'étude, G. Tillion se trouve contrainte de privilégier ce type d'interprétation. D'un autre côté, le processus d'investigation et d'intervention ne constituant qu'un aspect secondaire du projet de l'auteur, ce dernier consacre fort peu de place à son explicitation et la notion de socianalyse demeure mal définie. G. Tillion représente néanmoins, nous semble-t-il, le premier auteur ayant utilisé le terme socianalyse dans une perspective non psychosociologique. " Jacques & Maria Van Bockstæle, Colette Barrot, Jacques Malbos & Pierrette Schein, "Nouvelles observations sur la définition de la socianalyse", L'Année Sociologique, 1968, XIX, pp. 279 - 295

Une théorie des rapports sociaux

L'axe d'observation active de la socianalyse porte sur les collectifs constituant une société. Cet axe est différent de celui de la sociologie d'enquête qui privilégie une observation "statistique" (où on considère les individus observés, pour y discerner des catégories - classes sociales, etc. - dont la délimitation procède de l'observation du sociologue et non pas d'une production de ces collectifs eux-mêmes). La socianalyse, en liaison avec la cybernétique et son modèle de feedback, aborde les collectifs de toutes natures, les rapports entre entités sociales, les rapports de pouvoirs qui s'y développent et donc la dynamique fonctionnelle de ces entités collectives : l'agrégation ou le départ de leurs membres (cooptation) et le projet qu'ils produisent ensemble (imagination), d'où l'unité indissociable du syntagme «imaginer-coopter».

La Socianalyse : une technique d'intervention liée au syntagme Imaginer-Coopter

Le terme «socianalyse» a été introduit en 1956 par Jacques et Maria Van Bockstæle[2]. En témoignent surtout deux publications : celle de Georges Lapassade (1975)  : «Ce terme : la socianalyse a été produit par Jacques et Maria Van Bockstæle en 1956. Il a été repris par le courant sociologique de l'actuel mouvement institutionnaliste pour désigner l'analyse institutionnelle en situation d'intervention.» (note 14, p. 6), et celle de Rémi Hess (1975)  : «ce sont les Van Bockstæle qui sont les premiers à travailler une problématique socianalytique comprise comme analyse institutionnelle en situation d'intervention» (p. 17).

Pour ses initiateurs, la théorie socianalytique repose sur le concept «imaginer-coopter» et vise à interpréter la dynamique de l'action sociale. Cette optique donne de la socianalyse une image qui tient au lien objet/technique lequel, à l'exemple des sciences dures, relie l'objet conceptuellement visé à la technique mise en œuvre.

La méthode d'intervention induite par cette théorie s'appuie sur un outil fondé sur une intégration explicite de l'interaction de l'observateur et de l'observé. Cette intégration puise sa source épistémologique dans la cybernétique, dans son concept essentiel de feedback (Wiener, 1948, Ashby, 1956). L'approche socianalytique recourt à une transposition dans le champ social du mécanisme de feedback. Cette transposition sert à repérer et , si envisageable, de diminuer, les perturbations fonctionnelles dans les entités sociales observées. Elle recourt pour ce faire à une mise en œuvre analogique de la notion d'isomorphisme fonctionnel (Van Bockstæle et al., 1960). L'approche cybernétique permet en effet de maîtriser la relation entre énergie et information et trouve une voie de validation opérationnelle dans la simulation technologique numérique (Senouillet, 1963). La socianalyse présente une tentative de transposition de cette simulation technologique numérique en «simulation sociale qualitative» en vue de son application in situ à l'analyse de l'action sociale, conceptualisée à un niveau collectif holistique (le «nous cognitif» socianalytique versus la «conscience collective» de la sociologie de Durkheim, 1893).

L'outil technique correspondant, dit «tâche canonique», a été développé sur 20 ans pour émerger en 1976 sous la forme de la «règle 32» [3] dite «tâche diapoétique d'imagination-cooptation»[4]. Pour pouvoir intervenir sans perturber l'entité sociale concernée (structures d'autorité, communications), cet outil met en œuvre une simulation clinique ou qualitative appropriée, grâce à laquelle s'effectue l'intervention (Michelat, 2002).

Annexes

Bibliographie

Ouvrages de référence

Contributions dans des ouvrages collectifs

Articles dans des revues spécialisées

Notes et références

  1. Une autre tentative d'exorcisme par la parole se rencontre dans les écrits antérieurs à mai 1968 de Lapassade (1967, 53). L'auteur, paraphrasant Lacan (1961), pense que le psychosociologue “ institue dans la société un certain champ de la parole … le sociologue a lui aussi affaire au langage. Dans l'enquête, il interroge et recueille des réponses. Mais elles ne sont pour lui qu'un signifiant parmi d'autres signifiants… Par le psychosociologue, la parole est , au contraire, non seulement privilégiée, mais seule reconnue, en définitive, comme le lieu exact de sa pratique”. Ainsi, à l'encontre de ce que nous avons observé pour G. Tillion, Lapassade ne conçoit le principe de l'intervention et le rôle de la parole sociale que dans un groupe d'analyse où la règle est de tout dire. Dans un article postérieur, Lapassade (1968), employant à tort l'expression “dynamique de groupe” (group dynamics) et le terme “socianalyse” dans un sens strictement équivalent, revient sur sa position première et remet en cause la règle de tout dire. Dans son dernier ouvrage, Lapassade (1969, 155) semble abandonner ces imprécisions de terminologie et opter pour une pratique analytique dénommée “analyse institutionnelle”, pratique valorisant le passage à l'acte tout autant que la prise de parole et assignant à l'analyste le rôle de repérer les analyseurs (en l'occurrence les jeunes, surtout les étudiants) qui, eux, ont pour fonction “de dévoiler, par la pratique, les contradictions du dispositif (institutionnel) ”. Signalons toujours les commentaires sur “l'influence réelle de la dynamique des groupes sur les événements de mai” donnés par Epistémon (1968, 38), où l'auteur amalgame aussi sans obligation “dynamique de groupe” et “socianalyse”. Dans une veine différente, notons enfin le travail de Mendel (1968). Ce dernier livre montre que le mouvement en faveur “d'une discipline nouvelle […] à côté de la psychanalyse”, une sorte de sociothérapie, existe aussi chez certains psychanalystes.
  2. socianalyse ou socioanalyse :
    1. Terme déjà employé en 1950 par A. AMAR dans un sens psychanalytique, et par d'autres auteurs au sens d'analyse approfondie et interprétative des conduites sociales et des conditions sociales latentes des actes individuels.
    2. Méthode clinique dans l'étude des groupes, avec participation au groupe étudié de deux techniciens chargés d'interpréter les situations (socio-analystes)  ; pratiquée dans un «centre de socioanalyse» par J. et M. Van Bockstæle (1956).
    Henri Piéron, Vocabulaire de la psychologie, Presses Universitaires de France, Paris, 1968, 4ème édition (1951), p 403
  3. «Règle 32» © 1976 Centre de socianalyse : «La formation didactique est positionnée sous le contrôle de l'Association Française de Socianalyse, qui a pour objet le développement théorique de la socianalyse, le développement et le contrôle de la formation didactique des socianalystes, le contrôle déontologique de l'activité des socianalystes et la protection de leurs intérêts professionnels» (Journal Officiel de la République Française. - Lois et Décrets, n° 84 du 9 avril 1957, p. 3775)
  4. L'étymologie du terme diapoèse combine deux idées : - 1. la préposition dia (δια) exprime l'idée de séparation, de division, d'aller au-delà ou au travers, y compris par la force - 2. le verbe poieo (ποιεω) exprime l'idée de fabriquer, de produire, d'enfanter, de créer. Par diapoèse, nous désignons le processus de transformation qu'engendre l'interprétation des résistances : l'accomplissement de la «tâche diapoétique d'imagination-cooptation» donne à voir aux socianalystes les entraves qui s'opposent à la reconnaissance ainsi qu'à la maîtrise de l'historicité propre à l'entité en socianalyse.

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